L’évolution de l’agriculture en France

L’agriculture est présente depuis l’aube de l’humanité et a marqué un point important dans l’évolution de nos ancêtres. Elle est apparue au moment de la « révolution néolithique » vers le 8ème millénaire avant J-C et, depuis, elle n’a cessé d’évoluer.

La France a toujours été un pays rural mais, depuis 1945, le monde agricole français connaît de grands changements. Petit à petit, on assiste à la diminution considérable de la petite paysannerie, qui produisait pour sa propre consommation, qui est remplacée par les fermes modernes gérées par les paysans, les agriculteurs, les cultivateurs et les éleveurs. On peut aussi noter la création de grands groupes agroalimentaires comme Lactalis et Sodiaal dans lesquels Olivier Dekokère a travaillé.

En à peine un demi-siècle, la situation de notre pays a totalement changé et la population française a connu de profondes mutations aussi bien sur le plan économique, sociologique et agricole. En effet, aujourd’hui on ne compte plus que 1 million d’exploitants agricoles en France, alors qu’ils étaient 10 millions en 1945. Aucun n’autre secteur économique n’a connu une aussi grande régression d’emplois. Ce phénomène est notamment lié à la révolution verte, à l’utilisation de plus en plus massive d’engrais de synthèse et à la mécanisation du secteur qui ont permis d’augmenter grandement la productivité et qui ont entraîné la concentration des terres agricoles dans quelques grandes fermes d’exploitation.

De ce fait, les fermes familiales de petite taille ont laissé la place à des fermes beaucoup plus grandes et l’agriculture de subsistance est remplacée par une agriculture plus moderne liée à l’industrie agroalimentaire. Nous pouvons aussi noter que des démarches alternatives voient le jour comme l’agriculture biologique ou le tourisme rural.

Les origines rurales de la France

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Contrairement à d’autres pays européens comme l’Angleterre qui a connu une industrialisation rapide dès la fin du XVIIIème siècle, la France a été, pendant longtemps, un pays principalement rural. Jusqu’aux années 1930, la majorité de la population vit en milieu rural et est formée de petits agriculteurs qui cultivent la terre ou élèvent des animaux uniquement pour leur propre consommation. D’un autre côté, l’exode rural est aussi beaucoup plus tardif que dans les autres pays européens et commence vraiment à partir des Trente Glorieuses.

A cette époque, les fermes traditionnelles sont peu mécanisées et peu productive. Le travail se fait donc essentiellement à la main ou à l’aide d’animaux (chevaux de trait). La surface de travail est donc exclusivement définie en fonction du nombre d’animaux pouvant assister le paysan. Plus il a d’animaux plus il peut travailler la terre sur de grandes surfaces. A cette époque, l’animal est considéré comme un outil, un compagnon, un produit et il apporte l’engrais grâce à ses déjections.

La modernisation de l’agriculture

C’est après la Seconde Guerre mondiale que l’agriculture française se modernise pour devenir ce qu’elle est aujourd’hui. Le pays étant en grande partie détruit, il doit se reconstruire, se réorganiser et se moderniser. L’agriculture va également profiter de toutes ces avancées et devenir un engrenage essentiel au redémarrage économique de la France. En 1948, le plan Marshall (une aide financière et matérielle des USA à la reconstruction européenne) vise l’intensification de la production grâce aux investissements dans les progrès techniques. Ensuite, le traité de Rome lance le marché commun européen.

Les petites fermes françaises laissent donc la place à des exploitations beaucoup plus grandes gérées de manière scientifique qui ont un bien meilleur rendement. Cette transformation est d’ailleurs assistée par la création de l’INRA (Institut National de la Recherche Agronomique) en 1946. Grâce aux multiples progrès techniques, les tracteurs et autres machines agricoles transforment de manière radicale les méthodes de travail. Autre point important à noter, nous assistons à une profonde transformation du paysage : la mécanisation pousse à la réorganisation des terroirs, c’est le remembrement. Les haies sont abattues et les parcelles sont regroupées et agrandies. Pourtant maintenant, nous assistons à l’effet inverse. On replante des haies car on s’est rendu compte qu’elles étaient essentielles pour la biodiversité animale et végétale ainsi que pour protéger les sols de l’érosion et des inondations.

La taille des exploitations augmente

Pour atteindre l’autosuffisance alimentaire, la France modernise ses campagnes et augmente la taille des exploitations. Entre 1967 et 1997, 60% des exploitations françaises de moins de 20 hectares disparaissent alors que le nombre de celles de plus 50 hectares double. Les avancées technologiques et l’augmentation de la taille des exploitations favorisent aussi l’autosuffisance alimentaire : en 1997, 10% des fermes européennes réalisent plus de 65% des revenus agricoles alors que 50% des plus petites n’en réalisent que 5%.

Pourtant dans les années 1990, la politique d’agrandissement des parcelles et des exploitations se heurte à une prise de conscience autre que la productivité. En effet, la surproduction de l’agriculture en France fait face à des problèmes écologiques, environnementaux et paysagers. Cependant, malgré ces problèmes, la concentration des exploitations continue : elle passe de 1 016 755 au recensement agricole de 1988 à 663 807 en 2000. La superficie agricole augmente toujours rapidement est approche maintenant, en moyenne, 45 hectares. Si cette concentration continue, en 2025, de nombreuses enquêtes prévoient qu’il n’y aura plus que 300 000 exploitations en France.  

L’agriculture intensive

Ce besoin de productivité toujours plus grandissant poussent la France à se tourner vers un autre mode de production : l’agriculture intensive. Cependant, elle demande au agriculteur de revoir totalement leur mode de fonctionnement pour produire en grande quantité et à bas prix.

Cette nouvelle norme se caractérise par la mécanisation automatique des fermes et par l’utilisation massive d’engrais et de produits phytosanitaires. Dans ce domaine, la France est le second consommateur mondial de pesticides, derrière les Etats-Unis et le premier utilisateur européen. Ces différents procédés sont utilisés pour augmenter massivement la production et les rendements. En France, se sont surtout trois régions qui sont concernées : la Bretagne pour l’élevage, le bassin parisien et le bassin aquitain pour la céréaliculture et le Languedoc et la vallée du Rhône pour les vignobles, l’arboriculture et les cultures maraichères.

Pour finir, les grandes avancées technologiques permettent d’échapper au climat. Nous pouvons citer les serres ultra modernes et l’hydroponie (méthode de maraîchage se passant de terre avec apport de sucs nutritifs directement sur les racines des plantes). Toutes ces nouvelles techniques emmènent les exploitations agricoles vers l’ère moderne.

L’exploitation agricole moderne pose problème

Cette course à la productivité de masse ne change pas que les exploitations, elle modifie aussi le rôle même de l’agriculture. En effet, sa mission n’est plus seulement de nourrir son pays mais aussi d’apporter des devises (c’est-à-dire une monnaie d’échange). La grande majorité des agriculteurs se modernisent mais une minorité d’irréductibles, souvent de vieux paysans, conservent le modèle d’une agriculture de subsistance. L’arrivée de l’agriculture moderne préfigure aussi l’avènement de la société de consommation.

Pourtant ce besoin de produire toujours plus et le passage à une agriculture moderne, bien qu’il fasse la richesse de certains, entraîne la ruine de milliers de fermes chaque année.

Produire plus toujours moins cher à aussi une baisse des revenus des agriculteurs et des terres agricoles. De plus, la part de l’alimentation dans le budget des ménages français diminue également. C’est à cause de la baisse des prix que les agriculteurs ne peuvent plus se rémunérer correctement, la part leur revenant dans le prix payé par le consommateur ne cesse de baisser.

En 2015, la France compte 885 400 d’exploitants agricoles (chefs d’exploitation, conjoints, salariés permanents, etc.), alors qu’ils étaient 1 653 000 en 1986 selon l’INSEE. Alors que cette activité est essentielle au bon fonctionnement du pays, les agriculteurs ne représentent qu’un faible pourcentage de la population active (3,6%). De plus, on assiste maintenant à un vieillissement de la profession, la moyenne d’âge des exploitants agricoles est de 51 ans.

Ces données sont assez problématique. En effet, l’agriculture a toujours était une des forces du pays. Assister à la détérioration de cette profession est donc vraiment dommageable. Pourtant de nouvelles méthodes alternatives font leur apparition comme l’agriculture biologique et l’agriculture durable.

Les démarches alternatives

Il n’est pas abusif de dire, qu’aujourd’hui, les domaines de l’alimentation et de l’agriculture intensive et productiviste sont en crise. En effet, de nombreux scandales ont fait prendre conscience aux consommateurs des limites de ce mode de production : crises sanitaires à répétition, souffrance animale, impact négatif sur l’environnement, OGM (Organismes Génétiquement Modifiés), etc. De ce fait de plus en plus de personnes se disent contre l’agriculture productiviste et cherchent des moyens alternatifs pour se nourrir. Heureusement, de nouvelles pratiques se mettent en place pour améliorer la qualité de l’alimentation et diminuer l’impact néfaste de la production agricole sur l’environnement. On peut citer plusieurs exemples :

L’agriculture biologique, de plus en plus populaire

Paddy rice field

C’est l’alternative la plus connu et celle qui a le plus de succès puisqu’elle est facilement identifiable grâce à son logo AB. Aujourd’hui, le Ministère de l’Agriculture, de l’Alimentation, de la Pêche, de la Ruralité et de l’Aménagement du territoire définit l’agriculture biologique comme l’application de « pratiques culturales et d’élevage soucieuses du respect des équilibres naturels. Ainsi, elle exclut l’usage de produits chimiques de synthèse, des OGM et limite l’emploi d’intrants ».

L’agriculture biologique a plusieurs avantages. Pour l’agriculteur et pour l’environnement, ce mode de production préserve la qualité des sols, de l’air, de l’eau et de la biodiversité. Pour le consommateur, acheter des produits possédant le logo AB lui permet de savoir qu’il achète un produit de qualité qui n’a pas eu besoin de produits chimiques ou de produits phytosanitaires.

Les agriculteurs et les producteurs qui souhaitent être labellisés doivent se plier à une réglementation et un cahier des charges strict. En ce qui concerne l’élevage, les animaux doivent avoir une alimentation bio et ils doivent être élevés en plein air. De plus, ils ne reçoivent pas d’hormones de croissance ou d’antibiotiques.

L’agriculture biologique repose donc sur plusieurs principes : rotation des cultures, limitation très strictes quant à l’utilisation d’engrais, d’antibiotique, refus des OGM, utilisation des ressources de la ferme biologique, élevage en plein air, choix raisonné d’espèces animales et végétales.

L’agriculture raisonnée, respect de l’environnement et rentabilité

D’après la définition du ministère de l’Agriculture, l’agriculture raisonnée correspond « à des démarches globales de gestion d’exploitation qui visent au-delà du respect de la réglementation, à renforcer les impacts positifs des pratiques agricoles sur l’environnement et à en réduire les effets négatifs, sans remettre en cause la rentabilité économique des exploitations ».

Cela signifie que les agriculteurs, qui mènent ce type d’agriculture, intègrent le respect du bien-être animal et la protection de l’environnement dans leur exploitation. Cependant, ils ne s’interdisent pas d’utiliser des produits phytosanitaires ou des produits chimiques pour assurer leur rentabilité lors des périodes difficiles de l’année. D’un autre côté, l’apport d’intrants est contrôlé et ses effets sur l’environnement sont étudiés.

L’agriculture raisonnée est donc à la croisée des chemins entre l’agriculture intensive et l’agriculture biologique.

L’agriculture durable, considérer la culture dans son ensemble

Le ministère de l’écologie, du développement durable, des transports et du logement définit l’agriculture durable en ces termes : « mode de production agricole économique viable, socialement équitable et qui ne nuit à l’environnement ni à la santé ».

Elle respecte plusieurs principes : respect du bien-être animale, préservation des ressources naturelles, qualité des cultures, protection de la biodiversité sur ses terres, lutte contre le changement climatique, préservation des sols et du paysage. Cependant, elle ne s’interdit pas l’emploi de produits chimiques mais tente de les limiter le plus possible afin de protéger l’environnement.

L’agriculture durable se présente donc comme un mix entre l’agriculture biologique et l’agriculture raisonnée.

Bien sûr, il existe d’autres types d’agriculture alternatifs comme l’agriculture intégrée, les cultures associées ou encore la permaculture.

La France possède sans ambiguïté des origines rurales. L’agriculture fait partie intégrante du pays. Cependant, au fil des années, elle a énormément évolué pour arriver à ce que l’on connaît aujourd’hui : l’agriculture intensive et ses dérives. Heureusement, de nombreuses alternatives voient le jour depuis quelques années et les mentalités sont en train de changer. On peut par exemple citer les productions sous cahiers des charges Label Rouge ou démarche Blanc Bleu Coeur au coeur du modèle coopérative, comme la coopérative Agrial où Olivier Dekokère travaille.

 


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Olivier Dekokère

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